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Dominique A "L'horizon"

"L'horizon" por Dominique A

A modo de preámbulo, supongo que para presentar este séptimo disco, “L’horizon”, estaría bien visto hablar mal del anterior, “Tout sera comme avant”. Sí, así es como se hace normalmente. Se dice que ya no te gusta tanto, que las canciones no eran demasiado buenas. Que el productor nos traicionó. Que no pasábamos por nuestra mejor época... Bueno, pues no, nada de eso. Me encanta ese disco. Tendremos que hacerlo de otra manera.

Intentemos pues explicar simplemente el porqué y el cómo de este nuevo disco. Después de “Tout sera comme avant”, disco arreglado por los iluminados Gekko y en el qué yo me retiré deliberadamente al rol de intérprete durante la grabación, tenía ganas de escribir de nuevo y de volver a hacer música en el estudio, así como de tocar las guitarras sobre las cuales se posarían las voces, lo que implicaba de forma previsible, una aproximación más directa a las canciones. Habiendo cogido sin embargo un gusto por los arreglos un poco más abundantes del que tuve en el pasado, no quería romper con la ambición musical que poseía el anterior álbum, ni tampoco renunciar a un cierto lirismo. Los aguerridos músicos con los que había girado durante varios meses, a saber Jérôme Bensoussan y Daniel Paboeuf a los instrumentos de metal y clarinetes, David Euverte a los teclados y Vincent Guérin al contrabajo, me parecían ser las personas adecuadas para apoyarme en el estudio. Habíamos conseguido juntos, creo, trasladar al directo algunos de los arreglos más elaborados de “Tout sera comme avant”, todo ello conciliado con una aproximación más ruda a las canciones y con unas estructuras más definidas. La idea era llevar al estudio a mis camaradas de los conciertos para que intervinieran libremente en los nuevos temas, pero sin haber ensayado previamente, y sólo durante un pequeño lapso de tiempo (una semana), de manera que capturásemos las primeras ideas (a menudo las mejores, no cargadas de demasiadas intenciones) sobre las bases más o menos avanzadas que yo había dejado listas unos días antes. A ellos se les unieron Sacha Toorop (batería) y Olivier Mellano (guitarras eléctricas), dos cómplices míos desde hace mucho tiempo, y cuya creatividad no se ha debilitado con el paso del tiempo, y una joven música, Laetitia Bégou, al piano en dos canciones escritas con ella (“Antaimoro” y “Adieu Alma”). Algunas canciones que quería muy sobrias, fueron ejecutadas en solitario por mí (“Par l’ouest”, “Rue des Marais”).

Para llevar a buen puerto este álbum, grabado y mezclado en sólo cuatro semanas en Bruselas, en el estudio Rising Sun, tenía muchas ganas de no ponerme en las manos de un productor como hice en “Auguri” (con John Parish, en 2001) y “Tout sera comme avant” (con Jean Lamoot, en 2004). Teniendo algunas ideas muy claras sobre la manera en que quería que las canciones sonasen, y queriendo volver a trabajar en coproducción artística con Dominique Brusson, quién sonoriza mis conciertos desde hace nueve años, y con quién ya coproduje mi cuarto álbum “Remué” (un disco que reivindico todavía plenamente), y compartiendo con él una fuerte connivencia humana y artística, teníamos los dos el deseo de trabajar sobre un repertorio más abierto, de no quedarnos sobre una tono radicalmente sombrío. La idea maestra en términos de producción fue privilegiar una cierta claridad de sonido, jugar con parsimonia con los efectos de distorsión, excepto en el crescendo final de “Adieu, Alma”.

No me corresponde a mí juzgar los meritos de este álbum. Sin embargo, sí espero que se me permita decir que lo siento como mi proyecto más personal desde “La fossette”, mi primer disco, y que la sana frustración inherente al anterior álbum ha suscitado en mí un muy fuerte deseo de escribir y de tocar: tengo la debilidad de creer que se siente este deseo en “L’horizon”.

 

L'horizon

«Nous n’irons pas plus loin», te dit le capitaine
Trop d’obstacles aujourd’hui pour gagner l’horizon
Des baleines épuisées gémissent sur la grève
Leur sang couvre des bouches comme autant d’hameçons

Comme autant de collines occultant l’horizon
De crêtes insensibles à l’adagio des plaines
« Je suis vraiment navré », te dit le capitaine
Et tu sens qu’il dit vrai et qu’il a le cœur bon.

Dès lors la bouche vermeille d’une femme au harpon
Qui entre dans tes murs et saigne les baleines
Te fait des mois durant dédaigner l’horizon
Et lorsque tu le croises snober le capitaine.

Quand tu rentres chez toi, tu te dis qu’il fait bon
Le mensonge est partout infiltré dans tes veines
Tant tu aimes goûter au sang de la baleine
Qui déborde des lèvres de la femme au harpon.

Mais un jour sur ta manche tire le capitaine
Les yeux exorbités, il te dit : « Repartons ».
Il est temps de sortir du sommeil des reines
Car nul ne vous attend autant que l’horizon.

C’est Lob Nor qui t’espère, l’Inlandsis qui t’appelle
La Sierra Nevada qui la nuit crie ton nom
Et c’est la Grande Bleue qui  rehausse le ciel
Chacun d’eux te réclame et t’offre l’horizon

Mais celui-ci t’échappe, stoppé dans son élan
Par des sommets hargneux, des vallées encaissées,
Des villes au cœur de pierre aux formes insensées
Vois, la barbe te pousse et ton pas se fait lent.

Et tu entends au loin les plaintes des baleines
Qui avant de finir sur la grève ont sans doute
Connu cet horizon dont seul le capitaine
Espère encore pour deux que tu croises la route.

Mais un jour au silence qui monte aux alentours
Comme tes yeux se décollent, tu sais qu’on t’a laissé
Seul avec ton vieux rêve dont l’ombre est un vautour
Qui dessous tes haillons sent la chair s’assécher

Et comme en de lents cercles, il va pour t’entreprendre
Le décor s’aplanit, les courbes se défont
Tout se dégage, oui, sans doute las de t’attendre
C’est lui qui vient à toi ; il est là : l’horizon.

Rouvrir

Toute ma vie
Je n’ai fait que rouvrir
Des fenêtres et des portes claquées
Ni poignées ni serrures
Ne m’ont fait reculer
C’est étrange qu’aujourd’hui
Je me mette à faiblir

C’est ce bruit
Qu’aura fait la dernière
Porte claquée, c’est ce bruit
Il était différent
Il était
Plus sévère
Tu as fermé si fort
En sortant.

Et cette porte
Je ne peux pas l’ouvrir
Car si j’ouvre et que rien ne m’attend ?...
Mais tu vas revenir
Je le sens.

Jusqu’ici
Je n’ai fait que rouvrir
Mais cette fois
C’est sur toi que je compte ardemment
Assise face à la porte
Je t’attends
Mais peut-être attends-tu
Que je vienne t’ouvrir ?

Dans un camion

Sur les vitres teintées, s’écrasent nos haleines
Chargées du vin d’hier ; nous rions comme baleines
La route est une mer qu’aucun rouleau n’agite
Les péages comme des îles balisent notre fuite

Dans un camion.

Dans la plaine dévolue à la station service
Dans l’air qui nous saisit, sentons nos os craquer
Comme nous avons vieilli, comme nous avons roulé
Comme nous avons tiré sur nos forces motrices

Dans un camion
Dans un camion.

Ne nous attendez pas, nous n’reviendrons jamais
Et triangle à la main, dans le camion teinté
Nous boirons tout l’or noir plutôt que d’arrêter
Et passerons sans le voir dans un feu de forêt

Dans un camion
Dans un camion
Dans un camion
Dans un camion.

Antaimoro

Antaimoro
Tout viendra
Le passeur
Attendra.
Doucement
Mon amour :
Loin le temps
Loin le jour.

Antaimoro
Fleurs séchées
Leurs couleurs
Intouchées ;
Monte au sol
L’anthracite
Il boira
Le granit.

Loin la barque
Loin la faux
Long l’été
Lente l’eau ;
Œil pour dent
Rien d’écrit
Rien d’évident
Long le sursis.

Antaimoro
Fleurs séchées
Derniers feux
Marche forcée ;
Monte au sol
L’anthracite
Envahit
Le granit.

La relève

La mer, en bonne fille,
T’arrache à tout
La terre n’a plus de goût
Ni de visage

Les histoires pleuvent la nuit
Pendant le quart
Toi, tu n’as pas d’histoires
On n’t’entend pas beaucoup
Tu attends la relève
Il te tarde.

L’ancre jetée, les autres
Descendent quelques jours
Mordent à pleins pieds le sol
En piste, comme fous

Si le goût de la terre
Pouvait te revenir
Mais pour ça il faudrait
Oser te souvenir
Et faire sortir l’histoire
Mains libres de ce rêve
Qui te fait chaque nuit
Attendre la relève.

Quand la relève arrivera
Ton quart fini, tu descendras
Dans ta cabine : elle sera là
Dans le rêve qui t’emportera
T’emportera.

Tous les chants sont d’oubli
Ou ne sont que foutaises
Si la vie est jolie
Qu’on se taise.

Promis à mille vies
Et une seule qui tienne
Une pour faire le lit
Où engraisse le rêve.

Il ne tient qu’à ce rêve
De te tenir en vie
Et d’offrir au sommeil
Ce qu’éveillé tu fuis :
La douceur infinie
Du corps comme la glaise
Et le visage à terre
De l’hier évanoui

Quand la relève arrivera
Ton quart fini, tu descendras
Dans ta cabine : elle sera là
Dans le rêve qui t’emportera
T’emportera.

Retour au quartier lointain

La rue monte en lacets
Chaque virage se mérite
Et tu te sens perdu
Comme tu reconnais tout

Tu ne sais que leur dire
Pas même « ça passe trop vite »
« Nous ne t’en voulons pas »
Dit la main sur ta joue :

Quartier lointain.

En te levant ce jour
Tu ne soupçonnais pas
L’intention de tes pas
Et tu t’es réveillé
Dans ce lieu où le temps
Avait à te causer
D’une jeunesse distraite
Du sable plein les doigts
Oh mon amour perdu
Que reste-t‘il de quoi ?

La rue monte en lacets
Concentré dans l’effort
Tu n’as hier pas vu
Tout ce qui s’y tramait
Ni entendu les voix
De ceux qui t’attendraient
Ceux qui te revoyant
Semblent t’attendre encore :

Quartier lointain.

Music-hall

De grands cieux gris inquiets
Clouent le jour balnéaire au sol.
L’homme avance parmi les dunes
Il chemine en se balançant
Il se souvient du Music Hall
Du long couloir en entonnoir
Où la foule se dévidait
Les robes ne tenant qu’à un fil
Et le trottoir mouillé, mouillé.

Il avance parmi les dunes
Gomina battue par le vent
Il pense qu’il est huit heures du soir
Et qu’il circule dans le couloir
Où les épaules bruissent en glissant
La foule se place au coeur des dunes
La mer applaudit bruyamment.

« Tu ne sais pas lui dire adieu »
Lui a-t-elle dit hier au soir
« Tu n’verras pas si je pars
Ma route ne passe pas par tes yeux
Dans ta tête, c’est huit heures du soir
A jamais, ici ou ailleurs
C’est le velours du grand couloir
Qu’on trouverait, si on t’ouvrait le cœur ».

Au Casino qui toise les dunes
S’éveillent les machines, hoquetant,
Quelques orphelins de la lune
S’attèlent déjà consciencieusement
A cumuler de l’infortune
Un grand café serré l’attend
Près des machines qui cliquètent
En entrant, il voit la moquette
Et il voit des lumières d’avant.

« Tu ne sais pas leur dire adieu
Ni à ces grandes lettres rouges
Ni au désordre des entractes
Ni aux rideaux qui vont flottant
Tu te souviens du Music Hall
De rires et de gorges serrées
Et du froissement des épaules
Et dehors, le trottoir mouillé ».

Boulevard maritime, la maison
Au cœur d’autres maisons muettes
Bouches closes une fois l’été passé
La table mise, la femme fluette
L’assiette qu’il n’y a qu’à réchauffer
Et l’hier soir qui vibre encore
Des quelques vérités brassées
Il lui pardonne sans un effort
C’était trop vrai pour le toucher.

Ils s’embrassent, elle part travailler
Elle a le pardon du fantôme
Et l’espoir indéboulonné ;
L’amour se cabre dans le hall
Où le souvenir l’a condamné
Avec la grande tristesse bravache
Des fins de soirées déglinguées
Où les vêtements font relâche
Et le cœur est déshabillé.

Et sous les cieux gris qui s’inquiètent
Dans les dunes ou au Casino
Parmi les machines qui hoquètent
Il regarde, il voit des cerceaux
De feu qui brunissent la moquette
Et il voit tomber des rideaux
Des mains qui claquent dans la tempête
Au dehors.

Et il voit les lettres
Rouges, et le couloir cramoisi
Et tout le possible des nuits
Qui s’affiche, rouge, en toutes lettres
Et rien de tout ça n’est fini
L’amour s’y niche, inentamé
Et tous les adieux s’y empêtrent
Comment dire adieu à la vie ?

Il se souvient du music hall
Du long couloir en entonnoir
Où la foule se dévidait
Les robes ne tenant qu’à un fil
Et le sable mouillé, mouillé.

Par l'ouest

L’amour viendra par l’ouest
Comme un cri cherche une bouche
Il nous ramassera
En bordure de déroute
Nous offrira un lit
En défera les draps
Puis nous regardera
Ouvrir nos bras au doute.

L’amour viendra par l’ouest
Nous mettra sur écoutes
Il fera les cent pas
Nous l’entendrons marcher
Nous n’oserons pas bouger
Puis nous habituerons
Un jour on apprendra
Qu’il a déménagé.

L’amour fuira par l’est
Et sur ses pas lancés
Nous le rattraperons
Lui paierons le loyer
Puis la conscience tranquille
Nous irons nous coucher
A l’étage au-dessus
Nous l’entendrons marcher.

La pleureuse

Au cœur de la marrade
Je serai ta pleureuse
Quand ça rigolera
Je geindrai à coeur joie ;
Dans l’arène gauloise
Où le pathos agace
Ceux qui craignent de voir
Leur propre peine en face :
Je serai ta pleureuse.

En plombeur de ces dames
Ou en consolateur
Si tu y trouves ton compte
J’inonderai ton cœur ;
Et que le beau Danube
Se transforme en la Meuse
Et je suis ta pleureuse
Oui, je suis ta pleureuse
Pour toujours ta pleureuse.

Il reste hélas en moi
De ce sourire en coin
Qui de l’époque me fait
Être aussi un larbin ;
Mais secoue-moi un peu
Que reviennent impérieuses
Mes armes de pleureuse
Oui, je suis ta pleureuse
A jamais ta pleureuse.

Rue des marais

Il neige ce matin
Dans la rue des marais
David court
Et je lui cours après ;
La sonnette a parlé
Tournez vos sabliers
Et la blouse vert d’eau
Pénètre sous la peau.
16h30, les cris
Les sabliers vidés
Bientôt j’écrirai tout
Quand je saurai viser ;
En attendant, j’embrasse
La joue qui s’est baissée
Dans la rue verglacée
Et à demain l’angoisse.

Il neige ce matin
Cinq ans à tout casser
Dans la rue des Marais ;
David est essoufflé
Je l’ai bientôt  rejoint
Et je n’sais plus après.

Christelle est la première
A n’pas vouloir m’aimer
Je pressens une liste
Longue à se dérouler ;
Hier sous les remparts
Le chien s’est échappé ;
J’aurai bientôt onze ans
Je songe à m’habituer

Au sang de betterave
Au jus de rose mêlé
Je saurai m’habituer ;
Je ne saurai jamais
Et j’irai dispersé
Loin de Rue des Marais.

C’est un vieux effrayant
Qui entre dans ma chambre
Et fait claquer la porte
Je ne saurai jamais
Si j’ai rêvé tout ça
La porte renvoyée
A la face du grand-père
Un jour, rue des Marais.

La perche dans le chlore
Me semble hors de portée
Dans un instant je plonge
Le monde aura gagné ;
Dans le square la roue tourne
Tranchante, dentelée
Le genou, comme la pierre
S’en va cicatriser.

Une ville à deux versants
Haute et basse, m’obsède
Tout m’y est arrivé
Et depuis je décline
Sur tous les tons la tristesse
Qu’elle m’a refourguée.

Il neige ce matin
La pierre embourgeoisée
Accueille sourcils froncés
La belle intruse blanche
Qui me fait m’étaler
Je pleure comme un dimanche
Plus tard j’écrirai tout
Quand je saurai viser

Viser Rue des Marais
La télé allumée
La vie qui démarrait
Et l’odeur de l’orange
Qui me réveillerait
Demain Rue des Marais.

Adieu, Alma

Adieu, Alma ; la lune est pleine
Il me faut m’en aller demain
Ils m’attendent :
L’amour n’y peut rien.

C’est le feu qui m’attend demain
C’est un cri entre les rafales
C’est la nuit
A portée de main.

Adieu, Alma ; la lune est pleine
Comme le cœur, entre les jardins
Qu’elle éclaire
Et j’espère
Qu’on nous regarde

Qu’on nous regarde.

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